Réseau de Tourisme Équitable et Solidaire dans le Sud Tunisien (RTES)
Les associations Tunisiennes membres
| Ville | Association |
|---|---|
| Beni Khedache | Association de l’entretien des Ksours et préservation du patrimoine |
| Chenini Tataouine | Association Mémoire Terre |
| Chenini-Nahal | Association de sauvegarde de l’oasis de Chenini |
| Chenini-Nahal | Association de Tourisme Solidaire du Sud (Tunisien) |
| Chenini-Nahal | Association Formes et Couleurs Oasiennes |
| Djerba Houmt Souk | Djerba Insolite |
| Gafsa | Association des jeunes agriculteurs de Gafsa |
| Sened | Association Douroud |
| Tozeur | Association La Ruche |
| Zammour | Association des jeunes de Zammour |
Le Bilan
I) Rencontre avec les acteurs du tourisme solidaire dans le sud Tunisien, octobre 2023.
II) Séminaire fondateur du réseau en avril 2024.
II.1) Le temps de l’interconnaissance
II.2) Le temps de l’échange sur les principes et les valeurs
II.3) Intervention des responsables locaux du Tourisme
II.4) Charte
II.5) La création d’un réseau
II.6) Les étapes
a) Etude de faisabilité
b) Coordination du projet
c) Caravane solidaire
d) Séjour en Normandie
III Caravane exploratoire dans le sud tunisien, novembre 2024.
III.1) Evaluation des associations Tunisiennes
a) Les discussions et échanges
b) Les attentes des associations
c) Les engagements des associations
d) Conclusion :
III.2) Rapport de synthèse de LAPAT
a) Déroulement de la caravane
b) Rencontres avec d’autres acteurs
c) Grandes lignes d’orientation du réseau
IV) Rencontre avec les acteurs du tourisme équitable et solidaire, Normandie avril 2025
IV.1) Bilan du séjour
IV.2) Suite du projet et plan d’action
Le projet de Tourisme culturel, équitable et solidaire dans le sud tunisien a été conventionné entre la région Normandie et LAPAT, il avait pour objet la mise en place d’un réseau pour promouvoir et développer un tourisme durable dans le sud Tunisien. Ce projet s’est déroulé sur la période du 1er avril 2024 au 1er juin 2025.
Une délégation de LAPAT s’est rendue en Tunisie au cours des mois d’avril et novembre 2024 et a reçu une délégation tunisienne à Caen en avril 2025 pour accompagner les associations tunisiennes dans sa mise œuvre.
Le bilan de ce projet comprend quatre parties :
- Rencontre avec les acteurs du tourisme solidaire dans le sud Tunisien, octobre 2023.
- Séminaire fondateur du réseau, avril 2024.
- Caravane exploratoire dans le sud tunisien, novembre 2024.
-Rencontre avec les acteurs du tourisme équitable et solidaire en Normandie, avril 2025.
I) Rencontre avec les acteurs du tourisme solidaire dans le sud Tunisien, octobre 2023.
Le projet 2024/2025 pour soutenir le développement d’un tourisme durable en Tunisie est le résultat d’un travail en amont réalisé par LAPAT avec un réseau associatif du sud tunisien.
Une délégation de 5 personnes s’est rendue en Tunisie en octobre 2023 avec deux objectifs :
1- De visiter les deux associations ACD et DOUDOUD partenaires des deux projets de développement soutenus par la région Normandie en 2022/2023.
2- De rencontrer les acteurs du tourisme solidaire du sud Tunisien puisque, au fil du temps, une demande de soutien sur cet axe de travail nous avait été présentée.
Durant ce séjour d’octobre 2023, LAPAT a rencontré 12 associations et/ou acteurs du tourisme dans le sud Tunisien recouvrant les territoires de Djerba, Dkhila-Toujane-Zammour, Chenini-Gabes et Sened. C’est au cours de ces échanges, qu’a émerge une volonté de structuration et de mise en lien de toutes ces associations pour développer un tourisme d’intérieur proche des habitants.
Plusieurs points ont été abordés :
- La nécessité d’une charte commune sur nos valeurs du tourisme équitable et solidaire,
- La nécessité d’un colloque regroupant les associations sur deux jours pour définir le projet avec la mise en place d’un comité de préparation.
- La nécessité d’établir un diagnostic/état des lieux des offres de tourisme solidaire/alternatif… Tous ces points ont été repris et nous ont permis d’aboutir à une proposition de projet auprès de la Région Normandie sous le titre de « Tourisme culturel, équitable et solidaire dans le sud Tunisien ». Ce projet a été validé et subventionné au titre de l’année 2024/2025 pour lequel LAPAT en est le porteur.
II) Séminaire fondateur du réseau en avril 2024.
Rencontre inter-associative de Chenini Gabès des 19, 20 et 21 Avril 2024 : « Projet de développement du tourisme équitable et solidaire dans le sud tunisien »

Avec le nouveau découpage de la Tunisie en 5 districts (grandes régions), 2 districts sont concernés par le projet : le quatrième (Sidi Bouzid, Sfax, Tozeur et Gafsa) et le cinquième (Tataouine, Gabès, Kébili et Médenine).
12 associations tunisiennes étaient invitées à participer à cette première étape de construction d’un projet de développement de tourisme équitable et solidaire. Toutes furent représentées et ont mobilisé 21 personnes.
Le but de ces journées était d’abord de se connaître, d’élaborer un projet de tourisme sur la base de principes et valeurs partagés, de faire un état des lieux en termes d’expériences, d’initiatives et projets locaux déjà mis en œuvre, puis d’établir un calendrier de travail de telle sorte que des accueils de voyageurs et de touristes solidaires soient effectifs d’ici mars 2025.
II.1) Le temps de l’interconnaissance
Trois types d’associations se sont retrouvés :
- le premier regroupait des structures qui assurent de l’hébergement type maison d’hôtes ou chez l’habitant (Douroub à Sened, chez Béchir à Toujane, Mabrouk et Mounira à Chenini Gabès),
- le second groupe (l’association des jeunes de Zammour, Djerba insolite et l’association des jeunes agriculteurs de Gafsa) qui a l’expérience dans le domaine de l’accompagnement de voyageurs, et d’organisation de randonnées,
- l’association La Ruche de Tozeur, l’association de l’entretien des Ksour et celles de Chenini Tataouine qui sont centrées sur la découverte du patrimoine tout en proposant des formules d’accueil diverses.
Suite à ce temps consacré à la présentation de chacune des associations, de ses activités et de ses attentes, il apparait que la diversité des approches et de niveaux d’expérience peut être une richesse si on s’accorde sur des valeurs et des principes partagés de fonctionnement. Il conviendra de rechercher les complémentarités plutôt que d’être en concurrence.
II.2) Le temps de l’échange sur les principes et les valeurs
Afin de s’entendre sur les termes d’équitable et solidaire, un rappel des valeurs sous-tendant cette appellation a été présenté.
Synthèse des Ateliers :
- Complémentarité des offres et intérêt du réseau pour la mise en place de circuits de plus longue durée (se compléter plutôt que se concurrencer),
- Capitaliser les expériences,
- 3 écosystèmes : montagne, oasis et la mer,
- Repérer les évènements (festivals), les sites remarquables y compris mémoriels,
- Valoriser les spécificités agricoles : à 3 étages, permaculture, plantes médicinales et aromatiques – Valoriser les activités artisanales,
- Tenir compte des saisons (moments de récolte…),
- Valoriser les mobilités douces : randonnées, vélo…
- Guides : nécessité de formation, dimension éthique, problématique de sécurité, complémentarité avec les agriculteurs ou artisans
- Le tourisme équitable et solidaire doit contribuer au développement local (économique et social),
encourager le bénévolat…
- Permettre à des touristes ayant peu de moyens de visiter le sud tunisien (ce qui relève du modèle économique du voyagiste du pays émetteur de touristes)
- Niveau d’exigence : fiabilité de la communication, propreté/hygiène, prévenir au préalable du niveau de confort, recueillir et prendre en compte l’avis des touristes après leurs séjours
- Nécessité de labellisation à partir d’un cahier des charges, fixation des prix…
II.3) Intervention des responsables locaux du Tourisme
La législation concernant les chambres/maisons d’hôte date de 2013 : l’arrêté du ministre du Tourisme du 29 juillet 2013 impose à l’hôte de ne pas exploiter plus de 5 chambres pour une capacité maximale de 15 personnes et que «le propriétaire ou l’occupant légal de la demeure cohabite avec le client».
Le nombre des chambres du gîte rural ne doit pas dépasser les 10 chambres pour une capacité maximale de trente 30 personnes.
Les lourdeurs, la multiplicité des interlocuteurs et la complexité des autorisations bloquent le développement des maisons d’hôtes.
Le Décret présidentiel n°2022-317 du 8 avril 2022 (publié au Journal officiel n°043 du 18 avril 2022) abroge l’accord préalable et l’accord définitif pour les projets d’hébergement et d’animation touristique.
Néanmoins, l’administration continue à appliquer le décret de 2013 et à octroyer des agréments. Le secteur est toujours en attente du passage du système d’autorisations au système des cahiers des charges dont la parution a été retardée.
Pour information, il n’y a pas d’autorisation d’ouverture de chambres d’hôtes en zone rouge du territoire Tunisien.
II.4) Charte
Le texte proposé par LAPAT a permis d’ouvrir le débat avec toutes les associations. La présentation de ce projet de charte a permis un débat sur divers points : qu’entend-on par solidaire, avec qui, comment ? Comment développer des prestations complémentaires et non concurrentielles ? La nature de l’aide au développement, la question de l’accessibilité au plus grand nombre à ce type de voyages, la question d’un standard pour les prestations.
II.5) La création d’un réseau
Les démarches et projets des associations présentes sont divers, ce qui est apparu intéressant. Les participants se sont accordés sur le principe de se formaliser en réseau mettant en évidence les diversités et les complémentarités, sans qu’il soit nécessaire à ce jour de créer une nouvelle structure.
II.6) Les étapes
a) Etude de faisabilité
Les participants se sont mis d’accord sur le principe de confier une étude de faisabilité de développement du réseau des acteurs du TES dans les districts 4 et 5 du Sud de la Tunisie à Mohamed Bayouli, président de Djerba Insolite, formé au développement de l’économie sociale et solidaire et formateur à l’IUT de tourisme de Djerba (Annexe 1 – Etude faisabilité).

b) Coordination du projet
Un nom pour le réseau : Réseau du Tourisme équitable et solidaire dans le sud Tunisien (RTES dans le sud Tunisien) a été adopté.
En juin, LAPAT et un collectif de 4 structures a permis le recrutement d’une personne pour coordonner toutes les associations partenaires du projet, travailler à la communication et la promotion du projet, diffuser le projet auprès des pouvoirs publics, locaux et nationaux et identifier les difficultés rencontrées par les structures.
Le poste a été validé sur la base de deux jours par semaine sur 12 mois avec une embauche allant de juin 2024 jusqu’à fin mai 2025.
c) Caravane solidaire
L’organisation d’une caravane solidaire a permis de valider l’intérêt et la qualité de la proposition que nous élaborons. Cette caravane avait pour but principal une interconnaissance des acteurs du réseau et l’émergence des problématiques des uns et des autres afin de tendre vers plus de complémentarité.
A noter que s’est exprimé également le souci d’attirer des touristes de l’intérieur, du nord de la Tunisie en particulier.
d) Séjour en Normandie
Enfin, au printemps 2025, des tunisiens membres du réseau se sont rendu en Normandie pour y promouvoir ce projet et examiner les différentes pistes de collaboration avec des voyagistes et des associations français afin de promouvoir la destination sud tunisienne.
Ce séjour témoigne de l’importance de la réciprocité dans ce type de projets et permet de développer le dialogue entre les deux rives, au cœur du projet de LAPAT.
III) Caravane exploratoire dans le sud tunisien, novembre 2024.
III.1) Evaluation des associations Tunisiennes
Dans le cadre du projet de développement du tourisme équitable et solidaire dans le Sud Tunisien financé par la Région Normandie et porté par l’association LAPAT, ayant pour objectif de créer un réseau dans le sud tunisien, une caravane solidaire a été organisée du 10 au 16 novembre 2024. Cette caravane a été non seulement l’occasion de découverte de régions relevant de quatre gouvernorats (Médenine, Gabès, Gafsa et Tozeur) mais aussi un moment d’échange entre les différents participants et les acteurs du tourisme équitable et solidaire dans le Sud tunisien.
Pour valoriser les résultats de la caravane, chaque association a été appelée à réaliser un bilan pour évaluer la caravane en se basant sur:
- L’évaluation des échanges pendant la caravane,
- Les attentes de chaque association du réseau du tourisme équitable et solidaire dans le Sud Tu- nisien,
- Les engagements de l’association envers ce réseau.

a) Les discussions et échanges
Toutes les associations participantes se sont mises d’accord sur l’importance des échanges qui ont été faits pendant la caravane. Les discussions étaient fructueuses dans la mesure où elles ont permis une découverte des réalisations des différentes associations en relation avec le tourisme équitable. Chaque région possède un potentiel important :
- Richesse naturelle (mer, montagne, oasis et désert),
- Richesse culturelle (patrimoine matériel et immatériel),
- Diversité des produits de terroir.
La destination Sud Tunisien est riche et présente une complémentarité entre l’Est et l’Ouest.
Les discussions ont montré aussi une variété inter associative au niveau des projets en relation avec le tourisme social et solidaire. Certaines associations font les premiers pas pour promouvoir le tourisme équitable dans leurs régions alors que d’autres possèdent des traditions dans ce thème.
De ce fait, les associations participantes sont convaincues par l’importance du réseau du tourisme équitable et solidaire dans le sud tunisien et soulignent que la coopération inter associative et la clé pour réussir ce réseau commençant par le partage des bonnes pratiques et la duplication des expériences réussies (l’exemple de Djerba Insolite dans l’organisation des circuits touristiques et celui de l’association des jeunes de Zammour dans la valorisation des maisons troglodytes dans le tourisme social et solidaire).
Les associations ont aussi souligné des points à améliorer dont on peut citer principalement les suivants :
- Les infrastructures ne sont pas toutes adaptées à l’accueil des voyagistes. La qualité de service n’était pas la même chez tous les prestataires qui, dans certains cas, doivent affiner leurs ser- vices pour garantir la satisfaction de leurs clients et couvrir les problèmes liés à l’eau potable et au réseau téléphonique.
- L’absence de guides qualifiés qui possèdent des informations scientifiques fiables a sous valo- risé dans certains cas les endroits visités d’où la nécessité d’être accompagné par des guides qualifiés dans chaque région.
- L’absence des topoguides et des circuits balisés (à l’exception de celui fait pour la Destination Dahar) rend les visites sans guides plus difficiles.
- Dans certains cas, les agriculteurs et les artisans offrent leurs services gratuitement pendant des ateliers de démonstration. L’absence de rémunération équitable risque de faire perdre à ce type de tourisme son âme et ses principes.
- La possibilité d’introduire de nouveaux sites sur les circuits en relation avec l’histoire de la ré- gion pour promouvoir le tourisme mémoriel.
- L’importance d’élargir le réseau sur plus de partenaires et prestataires en fournissant une base de données complète contenant les acteurs locaux actifs pour valoriser le potentiel existant.
b) Les attentes des associations
Les associations participantes voient dans le réseau RTES une opportunité de renforcer leur rôle en tant qu’acteurs clés du développement touristique dans le sud tunisien. Elles espèrent que ce réseau permettra de dynamiser l’économie locale par la création de nouveaux investissements touristiques, la valorisation des savoir-faire régionaux et la promotion des produits artisanaux, agricoles et culturels.
L’objectif est également de structurer un circuit touristique durable qui attirerait davantage de visiteurs en offrant des opportunités économiques pour les jeunes, les femmes, aux familles locales et ainsi contribuer à réduire l’exode rural.
Les associations considèrent le réseau comme un levier pour renforcer la collaboration entre acteurs locaux et régionaux, notamment par la mise en relation avec d’autres prestataires de services tels que les hébergements, la restauration et les transports. Elles souhaitent également bénéficier d’une meilleure visibilité à l’échelle nationale et internationale grâce à une plateforme numérique qui faciliterait les échanges et les partenariats.
Conscientes de la fragilité du secteur du tourisme durable, certaines associations soulignent la nécessité de la formation des acteurs locaux, notamment sur le tourisme durable, les langues étrangères et la gestion des activités touristiques. Ces formations permettraient de professionnaliser le secteur et d’assurer une meilleure qualité de service.
D’autres associations appellent à un plaidoyer en faveur d’une législation encadrant le secteur.
c) Les engagements des associations
Les associations se perçoivent comme des acteurs actifs et engagés au sein du réseau, prêtes à contribuer à sa dynamique et à promouvoir les valeurs du tourisme équitable et solidaire.
Elles envisagent leur rôle sous plusieurs angles :
- Certaines associations souhaitent enrichir les offres touristiques en mettant en avant les spécificités locales, comme les produits artisanaux, les activités agricoles ou les festivals,
- d’autres soulignent leur volonté de participer activement à la mise en œuvre d’activités communes avec d’autres membres de la communauté afin d’assurer un échange mutuel de meilleures pratiques dans le domaine du tourisme équitable et solidaire.
Certaines associations expriment leur volonté de jouer un rôle clé dans la structuration et la transformation du tourisme local. Elles souhaitent évoluer du tourisme de transit vers un tourisme résidentiel plus enrichissant, avec des initiatives comme l’amélioration des hébergements, l’intégration de la thématique du tourisme dans les festivals (cas de Chenini Gabès et Sened), ou encore la création de parcours éducatifs pour sensibiliser les visiteurs et les étudiants.
Les associations s’engagent également à participer activement aux activités du réseau, à représenter celui-ci lors d’événements culturels ou professionnels, et à respecter les accords et la charte qui sera définie collectivement.
Elles valorisent l’échange d’idées et la mutualisation des ressources, telles que des carnets d’adresses ou des études sur le tourisme alternatif.
Enfin, ces acteurs locaux aspirent à apporter une réelle valeur ajoutée au réseau, à travers des initiatives comme la création de circuits touristiques spécifiques, le renforcement des partenariats, et la promotion d’un tourisme durable, capable de répondre aux attentes des touristes tout en respectant les besoins des communautés locales. L’objectif ultime est le développement économique du sud tunisien.
d) Conclusion :
Les associations locales expriment des attentes diverses et convergentes vis-à-vis du réseau de tou- risme équitable et solidaire dans le sud tunisien. Ceci peut être expliqué par la différence au niveau de maturité de l’expérience touristique menée par les associations participantes et par les projets liés au tourisme réalisés par les ONG dans les différentes régions du sud tunisien.
II.2) Rapport de synthèse de LAPAT
l’association LAPAT et les acteurs tunisiens engagés dans la constitution du réseau depuis les rencontres de Chénini Gabès en avril 2024, se sont retrouvés du 10 au 16 novembre 2024 dans le cadre d’une caravane solidaire parcourant les zones d’activité des différents membres afin de parfaire leur connaissance des uns et des autres, d’envisager les modalités de partenariats possibles et de réfléchir aux modalités de fonctionnement du réseau ainsi qu’à ses priorités d’action.
Afin de partager un ensemble d’éléments de réflexion sur les objectifs et le fonctionnement du réseau, une étude de faisabilité avait été commandée auprès d’un consultant tunisien, membre lui-même d’une association du réseau, en mai 2024 pour un rendu provisoire lors de la caravane de novembre.
a) Déroulement de la caravane
Toutes les associations identifiées, sauf celles de Chenini Tataouine, ont répondu présentes et se sont investies en envoyant un représentant mobilisé durant les 7 jours de la caravane et se sont mobilisées également afin de recevoir les participants lors des différentes étapes dans le Sud-tunisien, y présentant leurs différentes actions locales.
Des différentes discussions organisées chaque soir, il ressort les points positifs suivants :
- Tous les participants ont apprécié l’interconnaissance entre les membres du potentiel réseau.
- Tous les participants se sont engagés à œuvrer pour faire fonctionner le réseau et appuyer la coordinatrice dans les différentes missions qui lui seront demandées.
- La nécessité de travailler en collaboration entre associations, notamment lorsqu’elles sont proches géographiquement, a été mise en avant.
- Les principes du tourisme équitable ont été redits à plusieurs reprises et semblent avoir été intégrés par les participants.
Il est à mentionner un point négatif dû au retard dans la réalisation de l’étude de faisabilité ce qui n’a pas permis de fournir des éléments suffisamment structurés pour étayer les discussions. (Annexe 2 – Etude faisabilité).
b) Rencontres avec d’autres acteurs
Lors du passage à Tozeur, l’association La Ruche avait invité le commissaire régional au tourisme de Tozeur, Monsieur Adel Ali Sbita. Celui-ci a présenté le rôle de son organisme en tant que structure d’encadrement juridique du tourisme, de structure de contrôle des produits touristiques et des investissements dans le domaine et de structure de marketing de la destination. Il a insisté sur les trois défis du secteur, sécuritaire, foncier et sanitaire. Après lui avoir formulé les principes et les visions que sous-tendait la création du réseau, il a acté de la complémentarité de ces formes de tourisme avec la stratégie de l’Etat tunisien en matière de développement touristique.
A Tunis, grâce aux contacts de Mohamed Bayouli, il a été possible de rencontrer le consultant Monsieur Abd El Kader, qui a travaillé depuis 2018 au montage du projet de la route du Dahar, premier produit touristique de randonnée en Tunisie. Ce projet inauguré en 2021 a été soutenu par la coopération suisse (Swisscontact Tunisie) et financé par le secrétariat d’Etat à l’économie suisse (SECO). Il a abouti à la création de la Fédération Tourisme Authentique Destination Dahar (FTADD), regroupant les prestataires de services touristiques de la région. La discussion avec le consultant a permis d’une part d’échanger sur les objectifs des deux initiatives de réseaux et d’autre part d’envisager la rencontre le lendemain avec le Président de la Fédération.
Cette réunion a eu lieu au siège du cabinet conseil KPMG où Monsieur Moncef Boussanouga Zammouri, président de la FTADD est également Président de KPMG Tunisie. Des échanges il ressort un intérêt partagé pour une coopération entre les deux réseaux notamment en ce qui concerne la mise à niveau de l’offre touristique et la possibilité de formations. La FTADD a en projet également la mise en place d’un mastère sur le tourisme authentique à l’université de Gabès et reçoit à cet effet, début décembre, le professeur François Bédard de l’université du Québec à Montréal.
Les échanges ont permis également de mettre l’accent sur la structure public/privé DMO pour Destination Management Organisation ou OGD Organisme de gestion de la Destination. Ces structures regroupant des acteurs touristiques du privé ainsi que les acteurs publics du tourisme ont pour objectifs de développer le marketing des destinations et d’organiser leur développement stratégique. La
première a été créée en 2018 à Tataouine incluant les gouvernorats de Tataouine, Médenine et Gabès. Deux autres DMO ont vu le jour à Djerba et Tunis-Carthage. Ces structures s’orientent de plus en plus sur la valorisation des atouts culturels et patrimoniaux des différentes régions où elles se sont développées.
La dernière rencontre s’est déroulée à l’Institut français de Tunisie (IFT) avec la directrice adjointe de l’IFT, Madame Lauriane Devoize et un chargé de mission, Monsieur Sami ERSHOFF.
L’entretien a permis à l’IFT de prendre connaissance des projets en cours de LAPAT et à LAPAT de voir les limites de l’appui potentiel de l’IFT avec les restrictions budgétaires actuelles. La gratuité des visas n’a pas pu être obtenue pour la visite des membres du réseau en Normandie en avril 2025.
Cependant, grâce à l’appui de l’IFT auprès du consulat, toutes les demandes de visas ont reçu un avis favorable.
c) Grandes lignes d’orientation du réseau
Suite aux nombreux échanges avec les membres des associations impliquées, un certain nombre d’objectifs ont pu être mentionnés :
Compte tenu de la nature équitable du tourisme promu par le réseau, la définition d’une charte des valeurs et engagements a été rédigée et signée par les associations (Annexe 1 – Charte adoptée); cette charte pouvant à moyen terme déboucher sur un cahier des charges différencié selon les types de prestations fournies par les membres (hébergement, restauration, guidage, etc.). A terme cet ensemble pourrait aboutir à la mise en place d’un label spécifique.
Parallèlement à cette charte, un plan de formation pour une mise à niveau des différentes prestations devra être élaboré en fonction des différentes remarques issues des analyses des membres.
Le réseau a comme tâche majeure de faire connaître les prestations de ses membres afin d’une part de développer des partenariats intra-réseaux et/ou avec d’autres réseaux tunisiens, et, d’autre part, de promouvoir l’offre de ses membres auprès d’une clientèle nationale et internationale.
Dans ce sens, un plan de communication est en cours de réalisation avec une charte graphique du réseau et une plateforme de communication.
Des contacts à l’international devront être développés afin d’ouvrir l’offre des membres du réseau à une clientèle plus importante capable de générer les bienfaits attendus de ces formes de tourisme.
Une réflexion sur les problèmes et freins au développement de ces formes de tourisme doit être mise en place afin d’« alimenter » l’administration du tourisme tunisien et permettre ainsi un plaidoyer efficace.
Une action de promotion du réseau pourrait être mise en place lors de différents évènements tels que le festival cinématographique de Chénini-Gabès qui pourrait se tenir autour du thème « tourisme et environnement », le festival des « grottes » de Sened Djebel.
Des partenariats pourraient être formalisés avec d’autres réseaux tels que celui de la FTADD ; une recherche de potentiels appuis techniques et financiers est nécessaire à court terme.
IV – Rencontre avec les acteurs du tourisme équitable et solidaire, Normandie avril 2025
L’association LAPAT a organisé un séjour d’étude en Normandie pour les partenaires tunisiens et ce du 22 au 28 avril 2025. Ce voyage vient comme une suite des deux rencontres organisées en avril et novembre 2024.
En mai 2025, une réunion par visioconférence a été organisée dans le but de faire le bilan du séjour d’étude et en tirer les principales actions à mener pendant les mois qui viennent.
IV.1) Bilan du séjour
Le voyage était une occasion pour les participants pour mieux se connaitre et avoir des échanges fructueux non seulement entre les représentants des associations tunisiennes mais aussi avec les familles françaises qui les ont accueillis.
Les participants ont signalé la richesse du programme proposé par l’association LAPAT. La diversité des expériences visitées a permis de voir de nouveaux concepts dans le tourisme équitable et solidaire. Les types de logement diversifiés peuvent être un exemple à suivre dans le sud tunisien.
La rencontre avec les voyagistes a permis de comprendre les principes du tourisme équitable et de voir de près comment organiser des voyages solidaires.
La rencontre avec les amis de LAPAT qui sont des potentiels voyageurs a permis de les considérer comme clients cibles intéressés par le voyage dans le sud tunisien. Ceci a aidé les associations tunisiennes à comprendre les besoins et les attentes des voyageurs.
La visite du Mémorial de Caen a sensibilisé nos invités tunisiens à l’histoire de la région au vingtième siècle et ainsi fait avancer la réflexion sur le volet mémoriel du projet de tourisme, en valorisant le patrimoine lié à la seconde guerre mondiale très riche dans le Sud de la Tunisie.
Depuis la rencontre du mois d’avril 2024 jusqu’au voyage d’étude en passant par la caravane solidaire du mois de novembre 2024, tous les participants ont apprécié le déroulement des activités du projet.
A Chenini Gabès, les acteurs ont pris connaissance les uns des autres et se sont mis d’accord sur les principes du tourisme équitable et solidaire et sont convenus de travailler ensemble pour la promotion du réseau RTES.
La caravane solidaire était une occasion pour mieux se connaitre, les participants ont cohabité ensemble pendant une semaine et ont eu des moments d’échanges approfondis pendant les veillées de discussion. Ils ont découvert les potentiels de chaque région, ses forces et ses faiblesses en termes d’accueil. Chaque acteur a pris connaissance des opportunités de sa région ainsi que les pistes d’amélioration.
Le voyage d’étude en Normandie était une occasion d’avoir une nouvelle vision du tourisme équitable et solidaire à travers des expériences différentes de celles de la Tunisie. Les échanges effectués ont permis de saisir les différences qui existent entre les régions ainsi que les leçons tirées de ces visites. Le réseautage entre les associations tunisiennes et les acteurs du tourisme équitable en France pourrait ouvrir de nouvelles pistes de travail.
IV.2) Suite du projet et plan d’action :
Avec l’appui du conseil régional de Normandie, nous avons pu jeter les bases de la construction d’un réseau de tourisme solidaire et équitable et confier une mission de coordination à l’une des associations membre du réseau qui a pu salarier une jeune femme à temps partiel à cet effet.
Les associations tunisiennes savent que c’est avec leurs autorités locales, qui animent une politique de développement du tourisme durable notamment dans le sud tunisien qu’elles doivent coopérer.
Elles se sont mises d’accord sur un ensemble de principes pour garantir la continuité du projet :
Entamer les étapes de création d’un réseau d’associations qui œuvrent dans le tourisme équitable et solidaire dans le sud tunisien (le texte de la loi 88_2011 relatif à la création des associations tunisiennes a été partagé avec les participants lors de la réunion par visio).
- Conscients de la lenteur de la procédure administrative de la création juridique d’un réseau d’associations, les membres se sont mis d’accord sur l’importance de travailler en parallèle sur la communication et la promotion du réseau en organisant des réunions avec les directions régionales du tourisme dans chaque gouvernorat.
- Chercher des financements pour la suite du projet et pour garantir la continuité de la mission de coordination qui joue un rôle important dans la continuité du projet. Le financement peut être porté par une association partenaire qui pilote le projet ou bien par le réseau lui-même, le cas échéant.
Vu que la période d’été coïncide avec la fin de la saison du tourisme dans le sud tunisien, les associations vont prendre leurs temps pour une évaluation interne et pour améliorer leurs prestations. Durant cette phase, des échanges d’expériences et des partages entre les associations seront nécessaires pour apprendre de leurs expériences respectives.
Le travail collaboratif peut toucher également la conception des circuits en commun entre deux régions ou plus pour donner une offre touristique complète.
